Delphine & Charlotte

#008 25/03/2022

Bienvenue dans H comme Handicapé.e.s , le podcast qui donne la parole aux personnes handicapées parce qu’on ne les entend pas assez. Aujourd’hui je suis avec Delphine et Charlotte qui sont là pour nous parler de leurs vécus en tant que personnes grosses et handicapées. Bonjour à toutes les deux ! Merci d’être là. Du coup, est-ce que vous pouvez vous présenter un petit peu ?

Charlotte : Bonjour ! Je m’appelle Charlotte. J’ai 32 ans, je suis une personne grosse avec des symptômes propres à la fibromyalgie, anxio-dépressive également avec une grosse suspicion de PTSD complexe. Je suis toujours en errance médicale car il reste encore quelques pistes à explorer, pour déterminer la cause concernant certains symptômes, et j’ai dû, à titre temporaire, arrêter le travail pour privilégier ma santé… Lors de mon dernier travail, d’ailleurs, où j’avais des semaines très chargées et j’ai fini dans un état assez inquiétant… Et c’est ce qui a déclenché le début de tout ce parcours de recherches médicales, suivies par des débuts de diagnostics.

Delphine : Salut ! Donc… Je m’appelle Delphine… Je tiens le compte autistequeerledocu sur insta. Et donc… Comme… Bah je suis autiste, queer et grosse. Et j’ai été diagnostiquée autiste y’a… Deux ans maintenant. Et donc… Ma première identité c’était grosse. Avant celle d’autiste et de queer. Et du coup, le diagnostic d’autisme m’a permis de faire le lien entre la… De voir toutes les similitudes qu’il y avait entre la grossophobie et l’autisme en fait. Voilà.

Hermine : Parfait enchaînement avec la première question, qui du coup est un peu sur ces parallèles entre validisme et grossophobie. Parce que dans le premier épisode, on a parlé des parallèles entre racisme et validisme, et avec la grossophobie, il y en a encore plus. Du coup, est-ce vous pouvez nous expliquer un peu, quels sont un peu tous ces parallèles entre ces deux oppressions ?

Charlotte : Oui... Elles sont similaires, car… On retrouve d’abord, dans ces deux oppressions systémiques, le problème du manque d’accessibilité et d’inclusivité, qui reste encore malheureusement très présent dans les deux cas. Les espaces publics et privés, voire même médicaux, qui sont pensés et conçus pour les personnes valides et normées, c’est-à-dire, à titre d’exemple : les chaises ou les fauteuils trop étroits ou inconfortables, parce que les tailles sont standardisées de manière générale… Le matériel médical est inadapté le plus souvent, les espaces de loisirs ou de de divertissements sont, en général, très excluants. Et les transports très inadaptés, voire même, coûtent bien plus cher pour les personnes concernées, notamment… L’exemple du train où on paye souvent un billet de première classe pour voyager convenablement ou… En avion, c’est très courant que les personnes grosses payent deux places pour l’avion pour que ça aille au mieux, tout simplement, ou… Même demandent une extension de ceinture à la compagnie aérienne, ou, elles-mêmes s’achètent sa propre extension de ceinture, voilà. Pour… Pour que ça se passe au mieux quoi ! On peut également, bien sûr, citer pleins d’autres exemples comme les équipements de sport aussi, c’est un grand sujet… Fin, c’est, c’est… La liste est non exhaustive quoi !

Delphine : Oui… Fin, après, moi c’est plus, dans la manière dont je vis les deux en fait. C’est-à-dire que moi dans mon parcours, j’ai commencé à prendre du poids en… à 6 ans, mais c’était une prise de poids qui était relativement, on va dire… Fin, ça allait quoi… C’était pas le truc… Voilà quoi. Mais en même temps à 6 ans, c’est là où je suis rentrée au CP et… C’est là aussi où… Mes premières difficultés, mais je ne le savais pas en fait, en tant qu’autiste ont émergées. Parce que j’avais l’apprentissage de la lecture… C’est-à-dire qu’à partir du CP, en fait, on est obligé.es de se conformer à des normes, au niveau de l’éducation. Et c’est là, où, moi, les difficultés de l’autisme, ont pris le… Se sont exprimées sans que je le sache. Et du coup, bah j’ai compensé. J’ai essayé de mettre en place des mécanismes de protection, mais, en même temps, j’étais totalement en roue libre, et donc, du coup, le fait d’être totalement surstimulée et d’être en situation, comme ça, très… compliquée pour moi, au niveau des interactions, ça m’a déréglé mon système de satiété et tout ça. Et c’est là où j’ai commencé à prendre du poids. Et en fait, dans le… dans les similitudes, pour moi, c’est exactement la même chose, parce que, déjà, il y a l’aspect médical qui rentre en jeu. Et le problème, c’est que, la grossophobie, c’est visible en fait. Par exemple, l’autisme, ce n’est pas visible au même titre. Et du coup, quand on commence à s’écarter de cette norme de poids, on dépend du regard des autres, on est directement plongé.es dans le regard des autres. Et moi par exemple, dans mon cas, ma prise de poids, elle aurait pu, alerter le corps médical sur… Par exemple, d’autres recherche par rapport à l’autisme quoi. Sauf que ça n’a pas été le cas. C’est-à-dire que la manière dont on va traiter les corps gros, c’est quelque chose de problématique, quelque chose qui… qui est de l’ordre du pathologique en fait. Alors que c’est au-delà de ça, il y a pas que ça, c’est…. C’est aussi des réponses, euh, des interactions, et puis après, pas tous les corps ne fonctionnent de la même manière de toute manière. Moi c’est vrai que quand je me suis construite, c’était ma première difficulté. C’était… J’ai tout mis sur le fait d’être grosse en fait… Toutes mes difficultés dans la vie. C’est-à dire que j’étais très timide, je parlais pas quand j’étais enfant. A l’école je parlais pas. Et donc c’était forcément parce que j’étais grosse et que donc j’avais pas confiance en moi… Pleins de trucs comme ça quoi… Bon alors, j’ai, comme tout le monde je pense, comme pas mal de personnes grosses en handicapées, à l’école, j’ai subi aussi pas mal de harcèlement tout ça… Et à chaque fois, ce sont les mêmes mécanismes, c’est-à dire que on va stigmatiser les corps qui ne rentrent pas dans les normes, que ce soit au niveau de la grossophobie ou du validisme. Après, là où c’est un peu plus compliqué par rapport à l’autisme, c’est que l’autisme, c’est pas quelque chose qu’on va voir physiquement. Mais ça veut pas dire que c’est invisible non plus, parce que c’est invisibilisé, en fait, c’est la problématique du handicap. Par exemple, moi en tant qu’autiste, quand je vais me déplacer, je vais devoir… Etudier le parcours, me dire, bon bah là, il y aura tant de, tant de trajet, c’est de la marche à pied, bon il faut que j’ai mon casque, par exemple pour pas être trop sollicitée par les bruits. Je vais essayer de voir où il y a le moins de gens possible, tout ça et tout. Où ça va être le plus simple en fait. Mais c’est vrai que du coup, quand j’étais pas considérée comme autiste, tous ces trucs que je mettais en place, c’étaient tous les préjugés qu’entraîne la grossophobie, c’étaient : bah j’étais fainéante, je voulais éviter les trucs, j’étais tout le temps fatiguée, c’était pas normal, c’était parce que j’étais grosse… Ce genre de choses. Et c’est tous ces mécanismes-là en fait, et, il y a que quand j’ai eu mon diagnostic d’autisme, où j’ai compris. Par exemple, j’ai perdu… Soixante kilos à partir de 2014, parce que j’avais atteint un poids qui était quand même… assez important et qui me… mon poids devenait problématique dans le sens où, j’avais du mal vraiment à marcher et tout ça… Et c’était devenu vraiment problématique. Donc j’ai perdu du poids. Ca s’est fait naturellement en fait. Mais c’était aussi parce que, j’avais arrêté de travailler, je suivais mon propre rythme et du coup, j’étais dans mon rythme autiste. Du coup, tout s’est rééquilibré. J’ai pas fait de régime. Et, et… à ce moment-là j’ai cru que c’était parce que, toutes les difficultés que j’avais, c’était parce que j’avais perdu du poids. Je sais pas si vous voyez ? Parce que, évidemment, je… J’avais beaucoup plus d’énergie, j’arrivais à faire des choses, mais c’est vrai que, pendant cette période-là, je voyais pas de gens, je fonctionnais avec mon rythme quoi, et du coup j’étais pas fatiguée ! Et après quand j’ai recommencé à sociabiliser et tout, bon j’ai continué de perdre du poids, et à moment donné, je me suis quand même dit : « Mais il y a un truc qui va pas. Encore. ». Et là c’était bah quand j’ai commencé à me poser des questions par rapport à l’autisme. Après, il y a eu le diag d’autisme, il a fallu que j’enlève encore des croyances que j’avais. Mais en fait, toutes mes difficultés, là je me suis dit : « Là, mais en fait c’était pas juste parce que j’étais grosse ! » C’était parce que je suis autiste, et en fait, bah je me suis dit mais… Mais tout ce que j’avais vécu en tant que grosse, forcément c’est indissociable, en tant que autiste aussi, puisque c’est ce que je suis, mais en fait c’est exactement les mêmes mécanismes que je peux retrouver avec d’autres personnes grosses avec qui j’ai pu échanger par exemple. Et, et ce qui est très très problématique, c’est que quel que soit le handicap et quelles que soient les oppressions subies, à partir du moment où on subit une oppression, même si on cumule, pour le regard extérieur, c’est comme si, on pouvait pas avoir un handicap ou d’autres oppressions en fait. Que ce soit une personne qui va être, par exemple, en fauteuil roulant : il se peut qu’elle soit aussi autiste mais on va pas forcément mettre ce diagnostic-là sur cette personne. On va peut-être la cantonner qu’à un seul diagnostic, alors qu’en fait, on peut cumuler et ça peut être lié, et en plus, ça peut nous priver d’avoir des informations, d’accès à nous-mêmes, en fait. Juste mieux être. Et pour moi, c’est exactement les mêmes mécanismes. Alors je sais pas toi comment tu le vis Charlotte, les liens que tu peux faire dans ta vie de tous les jours, mais moi c’est vrai que comme je te disais tu vois, c’était par rapport aux trajets, à ce genre de choses, ou…

Charlotte : Complétement, je me… pour des raisons différentes, bien entendu, je me suis beaucoup retrouvée lorsque tu parlais de planifier en avance le trajet, de voir tous les paramètres qu’il peut y avoir sur le trajet, c’est quelque chose que je connais énormément, parce que si je prends seulement le fait que je sois une personne grosse, par rapport à l’accessibilité à ce niveau-là, mais aussi par rapport… Par rapport à ma fatigue, par rapport à mon énergie, mes douleurs chroniques, mais aussi parce que j’ai une hypersensibilité sensorielle, je suis très anxieuse en milieux publics aussi et du coup, selon ce que je dois faire, ce que c’est, ça peut potentiellement me mettre dans des situations où je vais vraiment perdre mes moyens, où je vais vraiment pas être bien ou être en détresse donc… Je me suis beaucoup retrouvée là-dedans quand tu en parlais… Je rebondis d’ailleurs sur quelque chose que tu as dit, en disant que, alors j’essaie de retrouver un peu les termes que tu as utilisés mais, en gros, ça rejoint pour tout ce qui est violences médicales, parce que c’est ce que je voulais aussi évoquer. Le milieu médical se refuse des fois de donner d’autres diagnostics parce que se réfère qu’à un seul diagnostic qui est déjà là, comme par exemple : « Oh bah untel ou unetelle a déjà un handicap, oh bah c’est bon… Cette personne peut pas en cumuler d’autres ! ». Mais le problème, c’est que c’est très dangereux parce que, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt… Ca génère, du coup, une erreur de diagnostic… Et la grossophobie, c’est pareil. J’ai beaucoup vécu, je le vis encore en ce moment, d’ailleurs c’est très très lourd et très éprouvant émotionnellement à vivre : c’est que il y a des praticiens/praticiennes qui ne voient que mon poids. Alors que, très clairement, j’ai un parcours quand même très chargé, des examens j’en ai fait. Donc, dès qu’ils voient tes symptômes : « Oh mais c’est simple, perdez du poids, faîtes un régime, machin… ». Mais… J’ai déjà presque tout essayer pour ainsi dire, et j’aimerais maintenant qu’on avance sur d’autres pistes. Et ça c’est très dur, de faire comprendre. Pareil, pour des pathologies, pour la fibromyalgie, il y en a qui voudraient creuser plus loin, d’autres pas, fin… J’ai l’impression que c’est un problème de croyances. C’est complètement un problème de croyances, il y en a qui s’arrêtent à leurs croyances, d’autres qui creusent. Mais alors ceux qui creusent, il y en n’a pas énormément, fin en tout cas, c’est le constat que j’en fait. Et… Malheureusement, je reviens là-dessus et j’insiste, c’est très dangereux pour nous, personnes grosses ou personnes qui sont handies… C’est la croix et la bannière pour arriver à bien se faire soigner sans être mises en danger. Et il y a aussi, bah ça rentre aussi en compte et c’est à peu près pareil, les médecins qui font beaucoup de gaslight, voilà, qui expliquent à notre place comment est notre maladie, comment voilà… Il y a pas si longtemps, moi je suis allée voire un psychiatre du sommeil, parce que j’ai des troubles du sommeil, j’ai traumas... Pour lui, il suffit que je fasse de la cohérence cardiaque et tout va s’en aller ! Non. (rires). Et il m’explique que si, si, si, tout va s’en aller comme ça ! Alors… Non, je… Ça fait dix ans que c’est comme ça en fait. Donc, fin voilà, j’ai déjà tout essayé. Dans ce milieu, il y a beaucoup d’infantilisation aussi. Moi j’ai remarqué, soit parce que je suis une personne grosse, soit parce que on considère que, comme étant une personne anxio-dépressive, je n’ai pas la capacité de réfléchir, on m’infantilise beaucoup. Fin, il y a des médecins qui, carrément prennent une voix, très infantilisant comme ils parlent aux enfant… Je peux pas imiter, je n’y arriverai pas mais je pense, vous voyez ce que je veux dire. C’est rabaissant… Je trouve que c’est même déshumanisant et également ce que je pourrais aussi évoquer, et ça cette période de pandémie, l’a très bien mis en lumière, et ça les personnes grosses et handies ont ça en commun, c’est que nous sommes de temps à autre confrontées aux comportements et discours eugénistes. Ce qui nous fait nous sentir comme étant des personnes de moindre valeur ou pire encore… Il est vu comme normal que nos existences, nos vies, ne soient pas considérées ni respectées. Et ça, c’est quelque chose que j’ai ressenti, surtout ces derniers temps. Fin, voilà, je vous apprends rien, c’est très, très dur à vivre. Parce que du coup, on sent pas safe, on se sent pas du tout en sécurité quand on sort de chez soi, et puis, aussi, notre estime de soi, elle en prend un sacré coup, quand même ! Faut prendre énormément de recul pour se dire : mais si, mon existence a autant de valeur que celui ou celle d’un autre. Fin voilà, c’est ça, c’est aussi un point que je voulais aborder également. Puis, il y a aussi quelque chose que j’ai vécu aussi, c’est… la discrimination à l’embauche. Et ça c’est quelque chose que les personnes grosses et handies vivent également quoi… C’est que par exemple, dans la plupart des entreprises, on préfère payer des amendes plutôt que de respecter le quota de personnes qui ont une RQTH. Pour les personnes grosses, bah, on est souvent vues comme incapables de bien assumer notre poste, on est vues comme fainéantes et j’en passe des clichés tenaces d’ailleurs… Fin, ça c’est aussi un énorme problème, parce que ça nous précarise plus que la moyenne des personnes, ça nous isole davantage… En plus, je parle même pas, fin si on peut en parler, au niveau social. Parce que en société les personnes grosses et handies sont souvent déshumanisées, voire objectifiées. Je parlais du gaslight, de l’infantilisation : non seulement, on le subit du corps médical, mais on le subit aussi de la part d’inconnus, de proches, dans nos relations interpersonnelles, intrafamiliales, c’est très présent. En tout cas, c’est comme ça que je le ressens au quotidien. Nos corps sont complétement dépossédés par le jugement public, par le jugement de nos proches… A voir, quand on est une personne grosse, par exemple : que ça soit sur notre alimentation, quand on mange quelque chose, quand on boit quelque chose, il y a toujours quelqu’un qui a des choses à redire. C’est vraiment tous ces exemples qui font qu’on est déshumanisé, que … Nos existences n’ont pas la même valeur que les existences des personnes valides et minces.

Hermine : J’ai l’impression que dans les deux cas, que ce soit les personnes handies ou les personnes grosses, à chaque fois il y a ce truc de : il faut paraître le plus valide possible, il faut être le plus mince possible pour, justement, avoir de la valeur et pour être heureux dans sa vie et être épanoui dans sa vie et tout… Je sais qu’on entend souvent parler les personnes grosses, des régimes, de tous les régimes qu’elles ont faits pour maigrir et tout ça. Et, fin, moi ça me fait aussi un peu penser à toutes les opérations qu’on m’a fait subir pour que je puisse marcher (rires). Comme une valide, n'est-ce pas ? Alors que mon but dans la vie ce n’est pas de marcher. Mais… Ouais, c’est un autre parallèle aussi, qui, je trouve, qui est très parlant et intéressant entre ces deux oppressions.

Delphine : Je voudrais aussi rajouter, du coup, comme tu as parlé du corps médical tout ça… C’est la méfiance qu’on peut avoir aussi, du coup, envers le corps médical, parce que c’est pas un endroit où on se sent écouté et où on sait qu’on va être prises en compte et aller mieux, tout simplement. Parce que, moi, je m’en rappelle, alors c’est vrai que par rapport à la grossophobie, j’ai guéri de beaucoup de mes traumas par rapport à ça. Mais, quand j’y repense, là, à tout ce que j’ai vécu enfant… En fait, dès que tu vas aller passer une visite médicale, juste à l’école : moi, je me rappelle que ma plus grande hantise, c’était que… A la pesée, qu’on dise mon poids… A haute voix, par exemple. Et il y a quelque chose qui est de l’ordre de la déshumanisation, et aussi, qui est la manière de te traiter, qui est aussi très spéciste, Fin… Dans la manière de te traiter comme un animal. C’est-à dire que tout doit être calibré. Pour moi, c’est tellement illogique… De se dire qu’avec toutes les variétés de corps et de personnes qui puisse y avoir sur Terre, qu’on puisse déterminer, en fait, une norme corporelle, fin… De poids, de taille, de fonctionnement en fait. Et quand on regarde comment est basée la médecine, la médecine, elle est basée sur chaque fois, par rapport à des normes. Et, là tout à l’heure tu parlais de la pandémie... Ca a été très compliquée, parce que : moi, je venais d’avoir mon diagnostic et j’étais bien en en fait ! Parce que je venais d’avoir accès à un nouveau pan de mon identité, et, en fait, le fait de la pandémie et du confinement, ça a ré-ouvert tout en même temps, par rapport à certains traumas et trucs douloureux. C’est-à-dire que non seulement, il y avait tout le validisme, purement validiste, au point de vue … du handicap en fait, qui émergeait, mais aussi, je sais pas si vous vous en souvenez, mais… Pendant le confinement, il y avait toute cette grossophobie, totalement assumée, avec des blagues : « ah, bah, on va rester enfermer, on va grossir ! Ah mon dieu, je vais ressembler à ça, après le confinement » et tout… Et, en fait, on se rend pas compte, mais… Moi, par rapport à la violence que j’ai pu subir par à plein de choses, à plein d’oppressions différentes dans ma vie, je crois que la plus dure, ça a été… la plus violente en fait, ça a été la violence par rapport à la grossophobie. C’est-à-dire que, on se retrouve, déjà, dans tous les lieux que ce soit à la maison, à l’école, chez le docteur, dans les activités extrascolaires, tu te retrouves en fait, constamment jugée et moquée et ramenée à ton poids en fait. C’est-à dire que en fait, les gens ils vont ne voir que ça… Du coup, ça… Je suis désolée, je suis un peu émue en en parlant, parce que… Mais… Il y avait des phrases d’inconnus dans la rue, mais des choses d’une violence ! Par exemple, je me rappelle, un moment donné, je sortais du métro et il y avait un arrêt de bus et je sortais tous les soirs du métro et je passais tout le temps devant cet arrêt de bus et, y’avait des jeunes, et en fait, ils se moquaient de moi. On se connaissait pas mais tu sais, c’était le truc, totalement gratuit. Mais c’était pareil à l’école, en fait. Où des gens allaient se moquer. Et alors en plus, le fait d’être autiste, des fois, je comprenais pas forcément qu’on se moquait de moi, la sidération était d’autant plus forte et je pouvais pas me défendre. J’avais une charge mentale qui était immense, parce que j’anticipais les réflexions, j’anticipais les potentielles moqueries et j’essayais de faire des schémas dans ma tête pour pouvoir répondre. Bon dans la plupart des cas, souvent j’étais sidérée, sauf après, où vraiment… Quand j’ai commencé à avoir 30 ans, où j’ai pris conscience, en fait, de la grossophobie, j’arrivais à me défendre, en fait. Mais j’étais vachement dans l’agressivité du coup, mais du coup, on m’embêtait plus. Mais les gens étaient sidérés. Moi, je me souviens que je marchais dans la rue et il y a des gens qui me regardaient et je disais rien sauf au moment, où, je me suis dit : « c’est fini, je ne me laisse plus faire par rapport à ça », je répondais au gens, je disais : « Qu’est- ce qu’il y a tu as jamais vu une grosse ? » Et les gens étaient sidérés. Fin, je veux dire, c’est hyper oppressant ! Et pourtant je suis autiste hein… Parce que bah, si on voit tous les préjugés par rapport à l’autisme où, soi-disant, on serait incapable de déceler les émotions ou… les choses des autres… Le regard, moqueur, méprisant, il nous touche directement, en fait. On n’a pas besoin de mettre des mots dessus, on sait à quoi ça nous renvoie. Et je pense que ça c’est quelque chose dont on fait… l’expérience très tôt, quand on est en situation de handicap ou, ou quand on est une personne grosse, en fait. Et, par rapport au corps médical, j’ai eu mon diagnostic… Mon diagnostic d’autisme à 41 ans, c’est quand même… complètement ahurissant, quand tu vois ça ! Parce que si j’écoute le corps médical, il n’y a que le corps médical qui es à mêmes de savoir et de détecter, de poser des diagnostics en fait. Alors, je suis pas en train de dire que tout le monde peut poser des diagnostics, mais en tout cas, je suis la seule à savoir qu’est-ce qui se passe en moi, je suis la seule à savoir pourquoi, j’agis de telle ou telle manière. Et que ce soit même au niveau psychologique par exemple. Après, qu’on ait des aides pour essayer de démêler tout ça, ok. Mais la manière dont on va être catégorisée là aussi, c’est très, très, très, très violent. Ce qui faut savoir, c’est que le matériel médical, n’est pas adapté pour soigner les personnes grosses… Là, on l’a vu avec le COVID ou pareil… L’obésité, parce que du coup, c’est l’obésité, est un facteur à risque nananananana…. En fait, c’est pas parce que tu vas être grosse que tu vas attraper plus facilement le COVID… Déjà ça n’a rien à voir. C’est juste qu’en fait, c’est beaucoup plus problématique pour le corps médical de prendre en charge des corps gros, parce qu’ils ont besoin de beaucoup plus de personnes, en fait, bah, pour les mettre sur les brancards, pour les manipuler… Et en fait, les brancards eux-mêmes ne sont pas adaptés à certains corps gros. Et ça, c’est inadmissible ! De toute façon, le validisme, on le retrouve aussi dans le corps médical… Je sais pas vous, quelle est votre expérience, mais je pense que, peu importe le handicap qu’on a, on voit très bien la manière dont les personnes… La personne qu’on a en face, qui est censée nous soigner, a déjà des a priori sur nous. Et moi, par exemple, ce dont j’en ai fait l’expérience aussi, par rapport à ce que tu parlais de l’infantilisation… C’est-à-dire que, à partir du moment où j’ai eu mon diagnostic d’autisme, pour moi, ça a été important de donner cette information quand je suis allée voir des médecins, surtout par rapport … A ma gestion de la douleur, mes sensibilités que je peux avoir, pour leur expliquer quoi. Pour leur donner des informations sur comment je fonctionne. Des personnes que j’ai vues, qui me connaissaient et qui du coup, quand je retournais les voir en leur disant que j’étais autiste mais alors là c’était (rires)… Non, mais c’est un sketch en fait ! Comme tu disais, c’est la manière. Genre, on aurait dit que j’étais… Limite que je comprenais pas ce qu’ils me disaient ! Et c’était une manière d’articuler spécifique, une manière de parler (rires). Et j’étais là, je fais : « Non, mais en fait, vous savez, ça va en fait, fin… ». De voir à quel point, le corps médical est validiste, dans son ensemble, que ce soit grossophobie et tout… Mais c’est… Inimaginable.

Charlotte : Quand tu parlais du regard des gens : limite, j’entends pas beaucoup ce que les gens disent… Quand ils veulent parler dans mon dos ce genre de chose, et, limite, je cherche même pas à entendre, ça me… C’est pas que ça me dérange moins, mais, voilà, ça va, je me protège parce que je ne cherche pas à entendre. Par contre, les regards, je les vois bien, je sais bien les déceler, les regards moqueurs, les regards… Désapprobateurs, et ça, je le ressens bien. Et je suis tellement hantée par ce regard des gens, mes proches peuvent vous le dire hein d’ailleurs, ils arrêtent pas de me dire : « Mais… Tranquillise-toi. », ce genre de choses. Mais moi, je n’y arrive pas tellement que c’est heurtant. Je suis tellement conditionnée par ça que, du coup, je vais anticiper aussi. Je vais me dire : « Non, faut pas que je… Que j’agisse de telle manière, faut pas que je marche de telle manière, faut pas que je sois de telle manière, sinon ils vont l’associer au poids, ils vont… L’associer à ça quoi ! Et du coup, on va me juger. ». Et du coup, je tiens à dire une chose, c’est que à la base, fin quand j’étais plus jeune, j’avais la chance de pouvoir beaucoup plus marcher qu’aujourd’hui. J’adorais me balader en forêt, en montagne, je le fais encore un petit peu mais pas autant du coup. Fin, c’est quelque chose que j…, qui me manque énormément, et dès que je fais ça, ou que je marche en ville même, hein, j’ai envie de dire : si je commence à avoir mal partout dans mon corps, au niveau musculaire et tout ça… Pendant… Bien cinq, dix minutes, je vais me dire : « Non, continue, continue, ne t’arrête pas, ne t’arrête pas ! », pourquoi ? Parce que il y a des gens autour de moi, et si ils me voient m’arrêter ou m’asseoir, parce que, à cause de mes douleurs, je ne me sens pas bien, à chaque fois, automatiquement, je me dis : « Ils me voient m’arrêter, ils vont se dire, ils vont se dire, ça y est c’est la grosse qui s’assoit, c’est la grosse qui tient pas la marche ahlala ! Ah oui, bah, c’est toujours comme ça avec les personnes grosses ! ». Non, c’est parce que j’ai des douleurs chroniques, en fait. Mais le problème, c’est que moi je me fais violence, je me fais du mal, à cause de ce regard des gens. Ça m’a tellement… Conditionnée que j’ai du mal à passer au-dessus. Et c’est… C’est même pas une vue de l’esprit, c’est aussi parce que je l’ai vraiment vécu, genre, ce genre de situations. Il y a vraiment eu des gens qui se sont mis à rigoler, en passant devant moi, dès que je voulais m’assoir parce que j’avais des douleurs chroniques, qui disaient : « ah, ouais, nan mais en même temps, ça tient pas la distance avec ce poids-là ! ». Fin, j’ai déjà entendu ça.

Delphine : Mais en fait, c’est des choses où moi je me dis, mais comment on peut, à quel moment une personne peut se dire : « mais, en fait, je vais dire ça à cette personne-là, en fait. ». Je… Je comprends pas. Mais c’est n’importe quelle personne, en fait hein… C’est pas… Parce qu’on dit les enfants, mais en fait que ce soient les enfants, le corps médical, que ce soient les adultes, des professeurs, en fait, c’est tout le monde qui se permet d’avoir ce genre de phrases… Moi, je sais que pendant très longtemps, j’osais pas manger dans la rue et je pense qu’avec la… La grossophobie comme je disais, j’ai quand même guéri pas mal de traumas par rapport à ça et, et, finalement je me dis, heureusement que j’ai eu conscience de ce j’avais vécu par rapport à la grossophobie, avant d’avoir mon diagnostic d’autisme, parce que du coup, ça m’a beaucoup plus renforcée et rendue beaucoup plus légitime, parce que je savais que le problème c’était pas moi… Par rapport à l’autisme, pour pouvoir plus m’affirmer et pas laisser faire ce qui s’était passé avec le fait d’être grosse.
Charlotte : Si je peux rebondir sur ce que Hermine disait tout à l’heure : du fait que, quand on est une personne grosse ou handie, c’est pas vu comme une garantie d’être heureuse, de vivre quelque chose de positif quoi… Je trouve que chez les personnes grosses, il y a vraiment cette idée-là, que dans notre société être gros, ça a vraiment une connotation hyper négative : aux yeux de beaucoup, on ne peut pas être heureuse, ni épanouie, ou avoir une santé correcte, ni avoir droit à une vie sociale ou intime d’ailleurs, en étant une personne grosse. Alors qu’en vérité, on le sait bien, c’est pas incompatible du tout ! Personnellement, j’aime à dire que je souffre bien plus de la grossophobie ordinaire et systémique que de mon propre poids en fait. Si on enlevait toutes ces oppressions, franchement, nos vies seraient tellement plus douces ! En tout cas, c’est… C’est mon sentiment.
Delphine : Oui, si on n’avait pas le regard des autres aussi et… Tout ce… Ce poids des normes. Ce que tu disais sur le fait de… Sur la grossophobie intériorisée et aussi le validisme intériorisé, parce-que, c’est lié pour moi. Je pense que il y a quand même quelque choses de très, très spécifique à la grossophobie et qui est très problématique pour moi. C’est-à-dire que quand tu as un handicap, on va pas te dire que c’est de ta faute. Alors, on peut ne pas te croire quand c’est un … Quand il s’agit d’un handicap qui est invisibilisé, on peut ne pas te croire, mais on va pas dire que c’est ou, fin, je sais pas comment dire… Alors que, si tu es grosse, c’est forcément que ça vient de toi, en fait. C’est ça le problème, c’est-à dire que tu es en mauvaise santé par ta faute. Alors que on peut très bien être gros et grosse pour plein de raisons possibles. Par exemple, on peut prendre du poids, à cause d’un traitement qu’on va nous donner, pour soi-disant, soigner quelque chose, qui va nous faire grossir et tu auras beau faire tout ce que tu veux, avoir l’hygiène de vie qui rentre le plus dans ce qui est dit « healthy », fin, tu vois… Faire du sport, tout ça et tout, tu pourras pas perdre de poids. Et, en fait, c’est aussi, c’est que, c’est les autres… Finalement, moi je sais que ce qui m’a beaucoup plus… Ce qui m’a marqué, c’était de voir à quel point, tout le monde, quand tu es gros ou grosse à un avis sur comment tu serais si tu étais pas grosse et comment tu serais mieux, en fait. Et du coup, oui, je le lie totalement au validisme parce que, on parle de quelle norme là ? La norme, c’est la norme d’une certaine minceur. Par exemple, tu vas prendre beaucoup de discours qui sont, comment on appelle ça, là ? Bodypositive et tout… Mais moi, ça me fait rire, mais parce que tu vois par exemple… C’est comme avec le validisme au niveau du confinement, c’était d’un coup : « Ah ! on n’a plus accès ! », le problème d’accessibilité. Ou ça a été vachement récupéré par des personnes valides, et là il y a plus personne en fait. C’est-à-dire que, une fois que les confinements sont finis, on parle de quelle accessibilité en fait ? On va parler de l’accessibilité des personnes valides, c’est-à-dire les lieux de sociabilisation qui sont pas accessibles de toute manière, que ce soient, bah aux personnes grosses, aux personnes handicapées, aux personnes malades, aux personnes… C’est pas accessible. Et c’est le même discours avec le truc de bodypositive où à chaque fois ce sont des corps quand même relativement normés, qui vont parler du… Le fait « ah, oui… Tous les corps, on doit les aimer, tous les corps sont… ». Même dans le milieu queer par exemple. Et c’est très, très compliqué, parce que c’est des discours, mais il y a pas les… Dans la réalité ça se passe pas, ça passe pas comme ça, en fait. Que ce soit avec le handicap ou avec les corps gros.

Hermine : Ouais, je pense que c’est important de rappeler que le mouvement bodypositive, à la base, ça a été crée par des personnes grosses et par des personnes avec des corps marginalisés et pas par des personnes qui font un 36/38. Et qui ont des complexes. Voilà.

Delphine : Oui, ou taille 42/44 mais bon en fait, voilà quoi, pfff… C’est pas la même chose, en fait, qu’on va vivre. Mais, évidemment, que il y a le diktat du poids et que… Ça peut créer plus d’anxiété et de mal-être chez des personnes qui sont quand même plus dans les normes et c’est ok. Mais sauf que ça va pas être le même vécu, c’est-à-dire que… Une personne qui va faire un 42, ça va pas être la même chose qu’une personne qui va faire une taille 56 par exemple. Et ça veut pas dire qu’il y a une hiérarchisation de la souffrance, pas du tout, parce que je pense que, je sais pas… On peut comparer les souffrances, fin, même, il y a pas à comparer les souffrances. C’est-à dire qu’une personne qui va faire un quarante-deux peut aussi, évidemment, avoir un mal-être… Et, et, ça peut créer de la dysphorie, il y a énormément de… Moi, j’ai énormément de dysphorie aussi par rapport à mon corps. Mais, en tout cas, au niveau systémique, ça va pas du tout être la même chose, en fait. Par exemple, tout à l’heure, tu parlais du travail : moi, le dernier boulot que j’ai fait, j’ai essentiellement fait des boulots alimentaires, je me suis retrouvée dans une société de sous-traitance de télécommunications, fin et d’ingénierie, fin bref… Un truc bien relou… Et j’étais vraiment dans un poids qui était vraiment élevé, et c’était vraiment une période où j’étais pas bien dans ma vie et où, en plus, je subissais du harcèlement au travail. Et, en fait, on avait… La société, bref… avait été refondée. Et du coup je m’étais retrouvée ingénieure commerciale. Et du coup, j’étais… Je devais aller voir la clientèle. Je faisais bien mon travail et tout, et le directeur m’a, à cause de la personne qui me harcelait hein quand même, m’a convoquée, en me disant que je faisais un bon travail, il y avait pas de soucis et tout, mais que si, par exemple, si je faisais du tort à l’image de SFR par rapport à mon poids, il devrait m’interdire de … De voir la clientèle. C’est-à-dire que la personne va me dire : « Tu es grosse donc ça peut nuire à l’image de marque de SFR, mais du coup, je vais peut-être… On va voir… Peut-être il va falloir que tu arrêtes d’aller voir la clientèle… ». Comme si, tu étais moins efficace ou moins professionnelle. Fin, tu vois, c’est des trucs qui sont, très, très problématiques.

Charlotte : C’est comme dans certains restaurants aussi où… Les personnes qui servent sont des personnes qui ont des corps vus comme normés, on va dire… Des personnes minces, des personnes valides et j’en passe, alors que les personnes grosses vont être… Vont être reléguées, voilà, aux cuisines… Cachées de la clientèle en fait : « Cachez-moi cette grosseur que je ne saurais voir », en fait, c’est un peu ça…

Delphine : C’est exactement la même chose en fait qu’on au niveau du validisme. En tant que personnes grosses et en tant que personnes handicapées, c’est-à-dire que c’est quelque chose qui va falloir cacher, des corps qu’il va falloir cacher. Et d’ailleurs… On dirait que dans le monde, dans la société, dans la rue, les gens en fait… Le corps gros, où le corps handicapé, c’est le corps qui est une exception. C’est-à-dire qu’il n’existe pas et que quand il va être là, il va attirer toute l’attention sur lui.

Hermine : Merci d’avoir parlé de tout ça. C’est très intéressant et très important d’en parler et de… De rappeler tout ça aux personnes qui nous écoutent. J’avais une avant-dernière question : c’était sur la représentation dans les médias, parce que c’est un sujet que j’aime beaucoup aborder dans ce podcast et c’est vrai qu’on peut encore faire un parallèle entre, la représentation des personnes grosses et celles des personnes handicapées ou des personnes trans où… Dans les films et les séries par exemple : c’est que souvent on va demander à des personnes minces de prendre vingt kilos, mais on voit rarement des personnes grosses jouer des personnages grosses ou gros, comme on voit rarement des personnes handicapées l’impression qu’il y a vraiment dans les deux cas, cette idée de performance. D’ailleurs souvent des personnes qui ont joué des personnes handicapées ou quoi, ont eu des Oscars ! Comme ça je pense à Forest Gump et il y a plein et fin voilà ! il y a, fin, ouais, je trouve cette idée de performance. Et même avec les… Les personnes grosses, il y a le truc du fat suit où … Là c’est carrément un déguisement, parce que… C’est un peu ce truc de déguisement de sumo là ou… Pour… Pour faire grossir la personne. Est-ce que vous voulez en parler un petit peu de, de tous ces parallèles ?

Charlotte : Alors c’est sûr qu’on constate souvent que les personnes minces et valides voient ceci comme une performance voire même un déguisement, parce que, fin… Ne serait-ce que pour parler des personnes grosses, on a encore cette image de bêtes de foire qui nous colle à la peau, qui amuse ou fascine les personnes minces. Je dirais même que certains acteurs ou actrices verront cela comme une expérience enrichissante. J’ai déjà lu, il y a looonnngtemps, une interview, alors je sais même plus quelle était l’actrice, mais qui disait : « bah voilà, j’ai porté un fat suit et maintenant je sais exactement ce que vivent les pauvres personnes grosses ». (Ironie) Cela m’a tellement appris des choses et ça a été une sacrée expérience de vie, et j’ai tellement gagné en sagesse et en compassion, lalalala… ». Fin… Et franchement personnellement, lorsque j’entends ou lis ça, je suis souvent partagée entre le rire et la colère. Il y a rien qui va dans cette façon d’appréhender la chose. C’est entre la pitié… La tendance à vouloir s’approprier un sujet qui les concerne tellement pas, ils sont tellement loin de la réalité… C’est la même chose : pour ceux qui prennent quelques kilos… Je pense notamment à un passage dans Avengers, où il y a le personnage de Thor qui prend… Dix kilos. On le voit du coup, au début du film, plus gros que avant et du coup vu que il est plus gros que avant, il en fait tout un sketch comique, il a beaucoup bu… Monsieur à le ventre à bières, monsieur est devenu moins respectable, moins admirable, mais ça… Ils en font tout un sketch, ils en font tout un amusement, c’est… Voilà, il y a des choses à dire, hein… Il y a aussi le cas de… De Insatiable … Voilà, il y a un côté, il y a un phénomène avant/ après : l’actrice a jouée l’avant comme un déguisement et puis… Puis, maintenant, l’après, elle se venge et tout, des autres en disant : « Voilà ! Bah voilà, maintenant vu que je suis plus mince, que je suis plus bankable, selon la société, maintenant, bah, c’est une revanche sur vous autres, qui étaient injustes envers moi, machin… Fin, voilà… Je pense que Delphine aura sûrement des choses à rajouter là-dessus, mais je pense que… Que j’ai dit moi l’essentiel là-dessus.

Delphine : Ouais et puis aussi dans la performance de prendre du poids pour un rôle, il y a quelque chose de… De très, très violent dans le sens où ça légitimise le fait que si tu es gros c’est de ta faute. C’est-à-dire que, que ce soit un homme ou une femme, je repense à DeNiro par exemple… Bon, moi, je suis pas de la même génération alors j’ai pas les références (rires)… Mais pour le film de Scorsese Raging Bull, il avait pris, je crois, vingt ou trente kilos et en fait, il y avait eu tout un truc autour de ça et tout… Mais en fait, de quoi il est question, là ? C’est-à-dire il est question de personnes : c’est des personnes qui ont… Qui sont quand même normées et qui correspondent en plus à des objets… Comment dire ? A des normes de fantasmes, de désir. C’est l’industrie du cinéma, c’est quand même ça aussi, le cinéma. Et, en fait, ces personnes-là donc, elles vont prendre du poids et elles vont dire que ça a été compliqué, parce que du coup, il fallait manger certaines choses et que patati et patata… Et que du coup, oui, elles ont leur corps changer tout ça, que c’était compliqué. Mais en fait, après, ces personnes, qui ont quand même un statut le plus souvent… économique qui est assez… privilégié, et qui sont encadrées aussi, parviennent à perdre du poids d’une manière… Totalement… Rapide et facile. Et c’est ça en fait que ça nous dit. Ça nous dit en fait que tu vois… Cette personne-là elle a pris du poids, mais en fait, elle, elle l’a… Elle l’a perdu très rapidement. Elle l’a fait pour un rôle, tu vois ? Sauf que en fait, moi je sais que le cinéma, Fin c’est pas que je sais mais… Moi, le cinéma, il m’a sauvée dans ma vie. C’est-à-dire que en fait, quand j’étais adolescente, à 14 ans, j’ai su que je voulais faire du cinéma. Bon. Et en fait, moi ça a été ma première fenêtre d’échanges, par rapport au monde en fait. C’est là où j’ai appris plein de chose, même en tant qu’autiste, où j’ai pu vivre des choses et j’ai pu comprendre des choses, par rapport aux interactions sociale, à tout ça… Le, le… Grâce au cinéma, je me suis sentie moins seule. Et je pense que c’est… Ça m’a sauvé la vie. Mais en fait, après, en grandissant je me suis rendu compte que il y avait aucune personne qui me ressemblait dans les films que j’aimais. Physiquement, je parle. Ou même à certains autres degrés… Il y a des similitudes que je peux avoir mais en fait la personne que je vais avoir… A laquelle je vais m’identifier par exemple, dans un film ou dans une série… Elle va pas me ressembler… Physiquement. Et ça c’est très très compliqué parce que, moi je sais que quand j’étais ado, je me disais mais… Mais même à… Ça a duré pendant très très longtemps, je… J’imaginais ma vie si j’étais mince. Et c’était quelque chose que je voulais atteindre en fait. Et quand je voyais que il y avait des acteurs et des actrices qui prenaient du poids et qui en perdaient, je me disais : « Mais… ». Moi ça me mettait encore plus en situation d’échec et d’incapabilité. Pis surtout que, non seulement j’étais assez renfermée et timide, même, même adolescente hein… Et pourtant, j’avais des… Je savais que c’était le cinéma. Et par exemple, tu vois, à l’école j’avais dit, quand on te demande ce que tu veux faire, j’avais dit : « Moi, je veux réaliser des films. ». Et en fait, on m’avait dit : « Mais… ». On m’avait fait comprendre que il fallait que je perde du poids. Et par rapport à l’autisme, il fallait que je m’ouvre plus, et que je sois beaucoup plus sociable, quoi tu vois… Donc à chaque fois tu es renvoyée à ces deux trucs. Et en même temps, dans les films, bah, par rapport à la grossophobie, non seulement je n’ai pas pu m’identifier à une personne grosse dans un film pendant très très longtemps, pendant quasiment toute ma vie, toute ma durée de jusqu’à maintenant et en plus, je pensais même pas que… Comment dire ? J’aurais certainement pas voulu m’identifier à des personnes grosses que je pouvais voir dans des films, des films que je voyais avant, en fait. Parce que c’étaient des rôles qui n’étaient pas… Tu sais, ça fait comme avec les films queer en fait, où c’est très très compliqué au début… Parce que moi en fait, j’avais pas du tout accès aux films queer, pendant… Une grande partie de vie hein… Et en fait, les premiers films de personnages queer que j’ai vus, tu sais c’est la même chose, c’est des personnages qui vont mourir ou… Qui vont être pathologisées psychiatriquement ou qui vont avoir un côté très maléfique fin, tu vois ? Et c’est exactement même chose avec le gros, quand tu vois la personnification des gros, même dans les trucs … Comment dire ? Le gros, ça peut être aussi le malin, tu sais. Un peu le diable, la personne concupiscente, fin il y a toujours ces trucs. Et c’est la même chose avec les personnes handicapées. Et… Oui, il y a toujours ces trucs de performances, sauf que moi je performe pas le fait d’être grosse. Comment dire ? C’est, c’est… C’est pas un jeu pour moi. Comme le fait d’être handicapée, c’est pas un jeu et… C’est ça qui est qui est très très compliqué. Mais, heureusement, là il y a quand même… Que ce soit avec le cinéma queer ou… Qui a quand même permis aussi pas mal de choses fin, au niveau des représentations, fin…

Hermine : Et les séries surtout, encore plus que le cinéma, je trouve…

Delphine : Bah, moi aussi, et c’est vrai que je regarde quasiment plus aucun film, mais, par contre, depuis des années je regarde des séries parce que je trouve le discours beaucoup plus pertinent en fait. Et, en fait, il y a que dans les séries, que j’arrive mieux à m’identifier et à apprendre des choses aussi, par rapport aux autres oppressions. Parce que je trouve que dans les séries il y a quand même… Et quand même les séries américaines, hein, pour le coup où il y a quand même un discours où on apprend vachement de choses par rapport aux, aux oppressions. Et elles sont représentées et c’est des personnages souvent qui sont nuancées quoi ! Où c’est pas ou tout noir ou tout blanc, et je trouve que ça c’est très important et que… Des fois, il y a des personnages en plus, qui cumulent des oppressions et ça, bah, ça fait du bien parce que je suis pas juste grosse, je suis pas juste autiste, je suis pas juste queer, je suis tout ça ! Et… D’autres choses aussi. Mais, tu vois, c’est indissociable, en fait.

Hermine : Du coup, c’est totalement en lien avec la prochaine question qui est la… Question recommandations culturelles. Du coup est-ce que vous avez des recommandations culturelles, que ce soient films, séries, podcasts, comptes Instagram avec des personnes grosses… Ou handies ou fin en lien… En lien avec un des sujets qu’on d’aborder quoi ?

Delphine : Moi, je me souviens d’un que j’ai vue, il y a un petit moment, quelques années maintenant, c’est … My mad fat diary, qui parle d’une adolescente qui est grosse. Cette série, elle m’avait bouleversée en fait. Mais vraiment ! Et j’étais en larmes en fait, et en même temps, j’étais tellement excitée et contente… De me voir en fait… Fin de me dire ça existe. De… Surtout ce qui est très important pour moi, ce qui m’a vraiment donné de la joie, c’était de pouvoir par le biais du cinéma, fin de, de… L’image, d’une série, d’une fiction, de pouvoir vivre et comprendre et ressentir des émotions que j’avais vécues dans ma vie, et de voir que c’était une autre personne que moi, et que ça existait, et comment cette personne, qui était ado, et à l’époque moi j’avais… Une trentaine d’années donc… De voir que… Bah, les choses n’ont pas forcément… Elles n’avaient pas forcément changé et en même temps elles avaient changé, parce que cette personne… Ca m’avait donné beaucoup d’espoir, de voir une adolescente comme ça, et je me suis dit, moi j’étais incapable de ça adolescente, fin c’était un non-sujet, fin c’était un sujet qu’il ne fallait surtout pas aborder, c’était un sujet très honteux, mon poids. Et, et là du coup je trouvais que ça faisait du bien et que… Et, oui, fin… C’est primordial, d’avoir… En tout cas, moi j’ai l’impression, par rapport à mon vécu, que : le fait d’être autiste et grosse et queer, je vais pas avoir… La même accessibilité à la sociabilisation. Et… Il y a pas mal de solitude aussi. Alors des fois elle est voulue et des fois pas forcément. Mais des fois c’est un réel besoin donc voilà. Mais qu’en fait, c’est hyper important du coup, parce que pour moi, c’est vraiment une question de… Bah de bien-être et de survie, le fait de pouvoir, regarder des séries. Parce que c’est de la communication et ça fait du bien en fait ! Et des fois ça te permet de vivre, des choses qu’on peut pas vivre, dans la réalité. Fin, je sais pas si vous voyez ce que je veux dire en fait ?

Hermine : Tout à fait. Complétement…

Delphine : Parce que on va pas la même sociabilité que les autres. Et du coup c’est pour ça que c’est d’autant plus important, je pense que, que ce soient pour les personnes grosses et pour les personnes handies, d’avoir cette visibilité-là. Et d’avoir accès à ça en fait. Parce que je pense que fin, moi la plupart de mon temps je le passe quand même chez moi. Et je pense que voilà, c’est des vécus qu’on a… En commun (rires). Et, et du coup bah oui… Ca fait partie… Ca rend la vie… Meilleure en fait, et… Et ça donne de l’espoir et ça peut vraiment sauver des vies hein ! Je pense, moi. Le… L’art en général et ça aussi, fin… Surtout les séries quoi.

Charlotte : Oui, complétement ! Fin… Tu as cité My mad fat Diary, en français, Journal d’une ado hors-normes. Pareil, cette série je la recommande, mais après, je tiens à prévenir, c’est quand même une série très dure… Personnellement, j’ai à la fois adoré, ça m’a quelque part libérée intérieurement, mais j’ai vécu des moments où je me suis tellement reconnue en la personnage… en la personne principale, notamment, étant dépressive, bon il y a des passages, je vais pas citer mais… Ca ressort pas mal chez elle où, elle fait des actions, voilà, où je me suis vraiment reconnue, bah ça fait, c’est très… Ça secoue, voilà. Mais, en même temps, ça fait tellement du bien que ça soit visibilisé, qu’on en parle, que ça une personne grosse, le ressenti d’une personne grosse qui soient mis en avant, ça, je rejoins Delphine, cette série, c’est quelque chose… D’énorme. Il y a aussi… La série Diet Land. Alors, pareil : c’est une série qui remue pas mal. C’est une série qui aussi, reprend quand même aussi, beaucoup d’autres thématiques, propres au féminisme… En général. Que ce soit le racisme… Que ce soit la psychophobie, que ça soit plein d’autre chose… Mais, la grossophobie, on va dire, est un thème central puisque le personnage principal est… Plum Kettle et, c’est une personne grosse et, on la suit... Dans son cheminement vis-à-vis de la culture du régime, vis-à-vis de pas mal de choses en tant que personne grosse. C’est parfois… Assez dur, en tout cas, moi je l’ai perçu comme assez dur comme film, par moment. Mais… Pour moi ça reste un film à voir et ça soulève beaucoup de… De questions, de pistes de réflexion… Notamment pour les personnes qui sont pas forcément concernées par ces sujets-là, ça peut faire réfléchir, tout simplement. En tout cas, c’est comme ça que je l’ai perçu. Je l’ai vu avec mon copain, et mon copain qui n’est pas du tout bah concerné par ces thématiques-là, il m’a dit qu’il avait vraiment trouvé la série… Percutante. Voilà. Ça l’a beaucoup aidé aussi… De voir les choses sous un autre angle. C’est là aussi où les séries… Ou même les films, et c’est vrai que, je suis d’accord avec vous aussi, les séries apportent beaucoup plus. C’est là où il y a leur utilité, c’est aussi par rapport aux personnes non concernées. Ça permet, de… D’une certaine manière, alors pas à cent-pour-cents bien évidemment, mais que ces… Que les personnes non concernées se mettent à notre place, un tout pet peu. Ne serait-ce qu’un peu. Ça donne en tout cas… Un point de vue. Voilà.
Hermine : Et je trouve aussi, quand, quand c’est bien fait les séries, quand c’est bien écrit, ça peut aussi être des outils pédagogiques, pour les personnes qui sont pas concernées et pour nous, du coup, ne pas avoir, nous, à devoir faire de la pédagogie, tout le temps. Et ça c’est, c’est vraiment top. Et, en disant ça, je pense surtout à la saison deux de Special, qui moi, pareil, m’a fait pleurer toutes les larmes de mon corps parce que, je me suis tellement reconnue dans le personnage de Ryan et j’avais tellement pas l’habitude, c’était tellement la première fois que ça m’arrivait, de me reconnaître autant dans un personnage ! C’est typiquement le genre de séries où, où… Où tu as envie de la recommander à toutes les personnes valides de ton entourage pour (rire dans la voix)… Pour ne pas avoir à faire de la pédagogie, parce qu’elle est vraiment géniale. Du coup, je suis encore en train de faire une bonne transition, parce que, cette série, me fait beaucoup penser à la série… Shrill du coup, que j’ai découvert récemment, qui a pour personnage principale, une jeune femme grosse, qui est journaliste et qui, parle de grossophobie dans ses articles et qui est… Juste génial ! C’est hyper feel good et en même temps ça parle de plein de sujets autour de la grossophobie, donc, des trucs pas forcément… Pas forcément très joyeux. Mais… Elle a pas ça langue dans sa poche en fait, elle se laisse pas faire et elle a aucun problème avec le fait d’être grosse et c’est… Ca fait vachement, vachement du bien ! Alors que, moi-même je suis pas concerné.e et pourtant (rires), à la fin de la série j’étais… J’étais trop contente ! Il y a… Il y a notamment un… Un épisode qui est assez mythique où, elle va a à un événement, c’est une pool party pour personnes grosses. Et du coup, elle arrive là, et il y a genre des centaines et des centaines de personnes grosses qui sont toutes là, avec leur maillot de bain et tout, et c’est… Hyper fun et c’est trop bonne ambiance et au début elle arrive et du coup elle doit écrire un papier sur cet événement-là. Et du coup, elle est très… Très sérieuse, en mode : « Nan, je vais pas me mettre en maillot, faut que je reste pro » et tout… Et au final, à la fin de l’épisode, elle arrive et, elle vit sa meilleure vie, quoi ! Et c’est… C’est génial ! C’est une série que je recommande vraiment qui, qui m’a fait beaucoup de bien. Et il y a une deuxième série aussi, dont j’aimerais beaucoup parler, qui s’appelle Work in progress. Ah, tu l’as vue ?

Delphine : Oui, je l’ai vue.

Hermine : Du coup, tu veux en parler ?

Delphine : Ah non, non mais vas-y je te laisse… Non, non, vas-y.

Hermine : Ok. Bah si tu as des choses à rajouter… Ouais, du coup, Work in progress, c’est… Ça met en scène le personnage de Abbie, c’est une série qui est autobiographique et du coup c’est une personne … Personne grosse, queer, butch, lesbienne, neuroatypique parce que elle est dépressive et que elle, elle a des TOCs. Et… Fin je sais pas déjà, combien de séries il y a, d’objets culturels, il y a, avec, ce genre de personnes en personnage principal ? Pas beaucoup… Clairement.

Delphine : Oui, et puis, elle est âgée aussi. Fin, elle est pas… Dans le standard de la jeunesse…

Hermine : Oui, c’est ça, elle est… Quadra... Quadragénaire et... Elle a des cheveux blancs quoi ! (rires), et ouais, fin… Et c’est top, fin… Je trouve que c’est hyper bien écrit, c’est très touchant et très drôle. Fin quand même la séquence… La toute première scène de la série, c’est elle qui est… Dans une séance avec sa psy et sa psy meurt d’ennui en l’écoutant, fin genre… Et c’est… C’est très très drôle ... Et en même temps, ouais, très touchant, et les personnages sont hyper attachants. Et pareil, ça parle de plein de sujets. Aussi, dans la saison deux, il y a un personnage handicapé, qui a un petit… Un petit rôle, qui a un second rôle, mais qui, je trouve est très cool… Qui du coup, est aussi, gros, racisé et en fauteuil roulant. C’est son… Un collègue de bureau et c’est un peu son, son meilleur ami à son travail et genre son handicap ou, ou, fin… Le fait que il soit racisé ou quoi, c’est genre… totalement un non sujet, c’est genre jamais abordé. Et j’ai trouvé ça vraiment chouette, quoi que… Que ça vienne pas, forcément sur le tapis. Et voilà. Et c’est très queer aussi, il faut le dire, c’est très, c’est très très chouette. Malheureusement, les deux séries dont je viens de parler ont été annulées récemment… Et que il y aura pas de nouvelle saison… Et ça c’est un peu le bémol : c’est vrai qu’on dit depuis tout à l’heure que il y a beaucoup plus de représentation dans les séries et tout, sauf que ces séries-là finissent souvent par être annulées au bout de une ou deux saisons, voire trois maximum. Et c’est un peu dommage mais… Fin, voilà : Work in progress, ça reste une super série. Delphine, si tu veux rajouter quelque chose…

Delphine : Moi, le constat que je fais, alors c’est pas une course aux oppressions du tout hein, mais c’est que quand même… Les personnes sont beaucoup moins… Pointilleuses j’ai l’impression, fin, pointilleuses, je sais pas si c’est le mots, mais… En tout cas, ont, ont beaucoup plus de mal à comprendre, et pourtant ce sont exactement les mêmes mécanismes, dès qu’il s’agit de validisme et donc, et aussi j’inclus la grossophobie, dans la représentation des séries, c’est comme si tout ce qu’on avait appris sur les autres oppressions, en fait, disparaissait. C’est-à-dire que… Et pourtant, c’est… C’est quand même… Ca fait des années : depuis les années soixante, Aux Etats-Unis, par exemple, il y a fin, les théories crIp et tout, fin tout ça, c’est… C’est quand même quelque chose qui existe. Et en fait, les gens… Les personnes ne se rendent pas compte à quel point… Et surtout au niveau du handicap, et je vais parler de ce que je connais le mieux, l’autisme : dans la représentation de l’autisme, il y a, il y a des choses qui sont totalement aberrantes. Bon, après c’est pas le… L’émission n’est pas sur l’autisme mais… Mais, par exemple, du coup il faut savoir que les représentations du handicap… Des handicaps, peuvent renforcer des croyances en fait, et, et des croyances validistes. Et du coup, ça c’est quelque chose qui faut… C’est pas parce que on en parle plus que on en parle mieux. En tout cas par rapport au handicap et qui faut quand même être vigilants et vigilantes par rapport à ça. Je… Je dis ça pour les personnes qui vont regarder des films et des séries par rapport au handicap, pas tout n’est forcément très… Très judicieux et, et va pouvoir servir d’outil pédagogique. Ou en tout cas ça peut servir de validisme par rapport à ce que… Ce que peut être le validisme en tout cas, dans certaines représentations (rires). Mais ouais… Et moi je voulais juste rajouter par rapport à un autre personnage d’une série qui m’a fait du bien, c’était le personnage de Kat dans Euphoria, alors même si, au niveau… Bon… Voilà… Elle est grosse mais pas forcément hyper grosse, fin, je sais pas comment dire, mais ça reste quand même dans une norme de grosseur. Mais en tout cas, en tant qu’adolescente, dans la première saison, moi il y a une scène qui m’a vachement… Fait du bien, c’est quand elle reprend le contrôle de son corps et de… De ce qu’elle est en fait et… Alors ça va passer par… Comme outil thérapeutique, la sexualité, la réappropriation de sa sexualité aussi, et comment elle va pouvoir faire ça, de ça, un outil de… Quelque chose qui va lui donner de, de la puissance. Et je trouve que la scène quand elle rentre, où elle change d’apparence, de… d’expression vestimentaire tout ça… Et que elle se balade dans les couloirs… Où vraiment on sent… Une personne forte. Et en fait, ça peut paraître très facile, et c’est très très compliqué quand on vit la grossophobie. Quand on subit plein de chose par rapport au désir et au rejet du désir. Mais, en fait, c’est pas aussi simple que ça, mais quand même aussi, et je s… Et je veux pas dire que tout doit venir de nous, au niveau du mieux-être, mais c’est vrai que quand même aussi, à partir du moment où on arrive, à comprendre qu’on n’est pas forcément le problème, que le problème c’est les autres et que on peut être qui on est, comme on veut, à notre manière et être une personne… A part entière, en fait, bah le regard aussi des autres, commence à changer aussi, sur nous. Mais c’est pas aussi simple que ça. Ce que je suis en train de dire, c’est que… C’est pas aussi simple que ça. Parce que… On vivra toujours des moments difficiles dans le regard. Parce que le regard il va pas changer, c’… C’est pas de la magie hein. C’est pas comme ça. Mais en tout cas, cette scène, c’est un personnage adolescente et tout, et j’ai trouvé que ça c’était hyper intéressant, dans… En plus ça parle du travail du sexe, pour le coup, avec elle. Et que, du coup… Par rapport au féminisme et au corps, je trouvais que c’était hyper intéressant et que ça fait comprendre plein de choses. Ça peut faire comprendre plein de choses en tout cas.

Hermine : Ouais, un empouvoirement et tout, ouais. C’est clair, c’est clair… Et là, actuellement, quand on enregistre cet épisode, on est en plein au milieu de la saison deux de Euphoria et clairement il y a pas assez de Kat dans la saison deux, genre, il faut plus de Kat dans la saison deux, c’est… C’est pas possible. Mais je voulais juste rebondir par rapport à ce que tu disais, c’est sûr que dans les … Représentations, c’est pas toujours positif, c’est pas toujours bien fait, mais… Toutes les recommandations culturelles que vous trouverez ici, sont de qualité, il faut le dire et n’hésitez pas à… En parler autour de vous et à les partager aussi, parce que… C’est aussi pour ça que j’ai fait ce podcast et que je pose cette question à chaque fois, c’est pour avoir un… Un éventail de représentations qui soit… De qualité et qui soit fait par des concerné.es avec des concerné.es et tout. Donc… Voilà. Tout n’est pas bon à prendre dans les représentations mais ici, vous pouvez y aller, genre… C’est ok ! (Rires). Voilà. Ah oui ! Je voulais aussi parler d’une dernière série, qui est une série française, pour le coup, qui s’appelle Mental, qui suit une bande d’ados… Dans un hôpital psychiatrique. Et qui a un personnage gros dans la deuxième saison, qui s’appelle Max. C’est une… Une ado grosse et racisée en plus, et qui pareil, est hyper badass et… Qui a pas sa langue dans sa poche, et qui se laisse pas faire et qui est vraiment top. Et pour le coup, je recommande rarement des séries françaises, mais… Mais Mental est vr… Vraiment, vraiment chouette et elle est dispo sur… Francetvslash si je dis pas de bêtise. Et j’ai oublié d’ailleurs, de dire où étaient dispo les deux autres que j’ai recommandées, du coup, Shrill c’est sur… MyCanal et Work in progress c’est sur OCS.

Charlotte : Diet Land, c’est sur Amazon prime, sachant que, comme toutes les autres séries, bah, a été annulée au bout de la saison une, donc il y aura pas de saison deux. Après… En dehors des séries et des films, il y a, aussi… On peut regarder aussi le documentaire On achève bien les gros de Gabrielle Deydier, que je recommande à tout le monde et… Beaucoup aux personnes non concernées je pense. Il y a également le téléfilm… Moi, grosse, qui est tiré du livre On ne naît pas grosse de Gabrielle Deydier, livre qui est à lire… Si vous voulez. Si je peux enchaîner sur les livres, notamment, il y a des livres intéressants comme : Gros n’est pas un gros mot par Daria Marx et Eva Perez Bello du collectif Gras Politique, il y a aussi le livre récemment sorti, de… Shérazade Leksir et Céline Ségur et qui se nomme, T’as un joli visage…

Delphine : Et aussi le docu… Le documentaire Ma vie en gros sur Daria Marx et d’autres personnes aussi… Où on voit d’autres personnes du collectif… Gras Politique.

Hermine : D’ailleurs je recommande le podcast Matière grasse de Gras Politique, qui est très bien et que j’ai écouté d’ailleurs, pour préparer cet épisode. Du coup, avant qu’on termine cet épisode, est-ce que vous avez… Quelque chose à rajouter, qu’on n’aurait peut-être pas encore abordé … ? Est-ce que vous avez encore des choses à dire ?

Delphine : Il y a tellement de choses à dire (rires)… Que là, c’est… Mais… Nan. Moi je veux dire merci déjà. Merci pour… Nous avoir donné l’occasion de pouvoir parler de, de ces deux sujets. Et il y a encore beaucoup de choses à faire mais… Je pense que, on, on va vers le mieux, toujours. Moi, je… Je repense à moi quand j’étais enfant, quand j’étais ado et jeune adulte et… Par rapport à la grossophobie, tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai traversé, et en fait, je me dis que, c’est possible, en fait, d’être bien. Fin, ce que je veux dire, c’est que même si c’est pas… Ca va pas bien tous les jours et en fait, c’est pas… Ca veut pas dire que la vie est beaucoup plus facile, mais, en fait, quand on comprend certaines choses et quand on comprend que le problème, c’est pas nous, quand on comprend que le problème, c’est les normes, ça nous permet d’aller quand même un peu mieux. Et en tout cas, personnellement de se sentir plus légitime et du coup de moins… Subir les choses aussi. Et de mieux se, se défendre. Voilà.

Charlotte : Bon, personnellement, voilà, comme dit Delphine, il y aurait tellement de sujets à approfondir, à aborder, voilà… J’aurais pu très bien aussi aborder le, le, le… Comment dire ? Le milieu militant, ce genre de choses, quant à l’accessibilité, l’inclusivité… Qui est très important. Voilà. Mais bon je… Voilà. Ça serait tellement long, il y aurait tant à dire mais, personnellement, je tiens à dire que, sans... Bon déjà je m’estime heureuse de vivre dans une époque où, nous avons, à présent quand même pas mal de ressources en ce qui concerne la grossophobie, le validisme et même d’autres sujets, qui m’a permis, il y a dix ans, à m’ouvrir un peu plus là-dessus et à me politiser… Bon, d’abord ça a été plutôt mon meilleur ami, que je salue si il m’écoute, qui m’a vraiment, amenée à m’intéresser à tous ces sujets-là, à me réapproprier les sujets qui me concernent et à mieux appréhender les choses. A me sentir mieux, en fait, tout simplement ! Et à me sentir moins seule. Puis ensuite, bah, les séries, les bouquins, les podcasts, les documentaires, les… Comptes sur les réseaux sociaux, qui ont quand même une importance non négligeable, m’ont permise vraiment d’avancer encore plus loin là-dessus et, et de me sentir plus légitime aussi, de me dire que ce n’est pas moi le problème, même si j’ai encore du chemin à faire là-dessus, parce que j’ai encore de la grossophobie intériorisée et du validisme intériorisé, ça c’est clair et net, je l’admets et j’ai conscience. Mais, vraiment, ça a été salvateur. Vraiment. Et ça m’a permis, aussi, tout simplement, de me rapprocher d’autres personnes. Par exemple de… De faire votre connaissance à toutes les deux… Vraiment, ça apporte de très belles choses. Et c’est vraiment : si il y a un côté positif que je dois retenir c’est ça. C’est vraiment, ces rencontres et, et tout ce cheminement qui, qui certes, bon bah ok, dans la vie de tous les jours c’est pas toujours facile, mais, j’ai ça à me raccrocher quoi, ces… Toutes ces personnes qui peuvent me comprendre ou… Tout ce cheminement que j’ai fait, pour justement, bah… Ne pas sombrer, hein, pour être honnête, voilà tout simplement. Je remercie toutes ces personnes qui font, du contenu incroyable que ce soit par n’importe quel biais, hein… N’importe quel support… Livres, séries, podcasts, contenus militants, sur les réseaux ou même sur le terrain, le soutien qu’on peut avoir sur le terrain … Je, je remercie vraiment toutes ces personnes, je pense que ça m’a beaucoup aidée et je pense que ça aide beaucoup de personnes. Et à toi Hermine, je te souhaite… Franchement, je te remercie pour… Cette invitation, pour… Rien que le fait de faire… Ce podcast, en fait, tout simplement. Je pense que il y a beaucoup de personnes qui sont vraiment… Que ça aide beaucoup d’écouter… J’en… Je connais notamment, une amie, qui écoute beaucoup tes podcasts et, je t’ai connu.e grâce à elle… Mandy, un petit coucou à Mandy. Et donc voilà, je sais que elle, elle aime beaucoup t’écouter et que ça l’aide beaucoup quoi, voilà, tout simplement. C’est, ce que je tiens, ce que je tenais à dire.

Delphine : Moi je voulais juste rajouter que, par rapport à ce que tu disais Charlotte, c’est vrai que, bon, moi je suis née en 1978 (rires), donc je vous laisse calculer. Et demain, je vais avoir, demain j’aurais 44 ans. Voilà, comme ça vous aurez les calculs. Et en fait quand, moi j’ai vécu, ça va faire très dinosaure ce que vais dire, mais en fait… Moi mon ad… Mon adolescence s’est passée dans les années 90, et en fait, il y avait pas internet, il y avait pas tout ça (rires)… Genre… Fin, il y avait des dictionnaires pour faire des recherches, des encyclopédies, fallait aller à la bibliothèque, Bref… Et en fait, moi j’ai pas grandi à Paris, j’ai grandi à Marseille et Marseille, c’était pas comme c’est maintenant. Et on n’avait pas l’accessibilité à tout de toute manière pour la communication tout ça. Et moi, c’est vrai que j’ai vécu… Mais je crois que j’ai vécu trente années de ma vie comme étant la seule grosse en fait. Par rapport à ça… Et où je… J’avais l’impression d’être seule. Et c’était un peu le cas, en fait. Et aussi, mais du coup, je vois que quand même, c’est hyper important, les nouvelles technologies qu’on a, aujourd’hui. Ça nous permet vraiment de… De pouvoir parler, de pouvoir nous rencontrer, parce que c’est quelque chose peut-être dont on ne parle pas assez… On en a beaucoup parlé pendant la pandémie… Il y a eu un discours de personnes valides, qui exprimaient leur souffrance de valides, de plus avoir accès aux contacts, à la sociabilité, aux espaces de rencontres, et en fait, c’est quelque chose, en tant que personne grosse et autiste, auquel je suis confrontée… Tout le temps. Et je pense que vous aussi en tant que… Alors… Hermine même si tu es pas grosse… Ou gros, fin tu vois… Par rapport au handicap, c’est quelque chose dont on fait l’expérience. Et que du coup, c’est hyper important et que en fait, on prend pas assez au sérieux. Il y a quelque chose par… Tu parlais du militantisme, Charlotte, bon moi, c’est pas un mot que j’aime, je me considère pas comme milittante. Mais en tout cas, ce que je veux dire, c’est que quand on est, dans nos situations, ces médias-là, en fait, c’est des choses qui sont primordiales parce que, nous, on n’a pas la, la possibilité de nous rencontrer, de sociabiliser et de créer du lien comme les autres personnes en fait. Ce qui pourrait être impensable pour d’autres hein, qui sont pas dans ces situations-là. Mais c’est que aussi justement, bah, moi je voulais te remercier, parce que aussi le, le fait de pouvoir parler de ça, moi je sais que ça me permet de, de guérir tu vois ? Et… De guérir les divers... Mon moi à divers âges, et je me dis c’est… J’aurais jamais pensé, enfant ou ado, pouvoir parler de la grossophobie, d’une manière dont je parle aujourd’hui. Fin là, du coup, je suis émue… Et… Mais je trouve ça formidable le chemin que j’ai fait, et je pense que on… C’est bien de voir aussi le chemin qu’on fait, même si c’est très dur. Bon, ça ne devrait être aussi dur hein… Ca devrait pas être aussi dur, fin pour n’importe quelle autre oppression, fin tu vois… Mais en tout cas c’est important de voir ça, de voir que au moins on a cette possibilité-là, et que, non seulement ça nous aide nous-même et ça peut aider des autres et que, c’est hyper important. Moi, je sais aussi que, bah, c’est, c’est aussi la transmission : comment, certaines personnes aussi ont pu m’aider, des discours que j’ai pu entendre, des mots prononcés par des personnes, ont pu m’aider, me donner de la force, de l’espoir et je trouve que c’est… Bah je te remercie de nous permettre cela de rendre, permettre cela possible. Et j’espère que ça pourra servir à d’autres personnes. Voilà.

Hermine : Merci beaucoup ! Ah, je vais, je vais avoir les larmes aux yeux moi aussi parce que c’est… Wouaw ! (rires). Nan mais c’est trop chouette !... Merci, merci beaucoup à toutes les deux d’avoir participer. Je voulais remercier aussi toutes les personnes qui écoutent le podcast, justement. Et qui m’envoient des commentaires et des messages et fin, tout vos retours, c’est, c’est hyper important. Et je voulais profiter de… D’enregistrer cet épisode aussi pour dire que, que j’ai créé un compte Paypal pour le podcast, et que si vous pouvez, si vous voulez me soutenir financièrement, parce que ce podcast, c’est quand même beaucoup, beaucoup de boulot. Le montage là… De cet épisode va être très très long. Et voilà, c’est du travail bénévole donc… Si vous voulez m’aider et me soutenir financièrement, il y a mon Paypal, qui est sur mon site internet hcommmehandilepodcast.fr et aussi sur Instagram. Aussi, parce que je suis pas tout à fait toute seule à bosser sur ce podcast, surtout cette saison. il y a le… L’illustratrice Dandydoodlez, qui est une personne aussi handie queer, qui fait tout le visuel et le logo du podcast, et maintenant, j’ai deux personnes qui m’aident aussi, sur cette saison, pour les retranscriptions des épisodes. Donc voilà. Et tout ça, c’est des personnes aussi que… Que j’aimerais bien rémunérer, que je rémunère déjà pour... Pour Dandy, parce que c’est… C’est son travail (rires ) ! Elle est illustratrice professionnelle et je suis obligée de la rémunérer. Mais voilà, moi, je vis sur mon AAH, je vis sur mes allocs et… Voilà, il y a une partie de mon AAH qui part, beaucoup dans ce podcast. Donc, si vous pouvez m’aider, ce serait pas de refus (rires)… Et, si vous avez pas les moyens, si vous êtes trop précaires, vous pouvez aussi m’aider en me laissant cinq étoiles sur Apple Podcast, parce que, ça a l’air bête comme ça, mais en fait, ça aide à… A la visibilité du podcast sur les applis et c’est aussi hyper important. Donc… Merci encore, une dernière fois, à toutes les deux d’avoir participer et merci à toutes les personnes qui nous ont écouté.es et on se retrouve le mois prochain. Et on parlera de parentalité, avec deux mamans en situation de handicap.

Recommandation culturelles :

Séries :

My Mad Fat Diary (2013) Dispo sur MyCanal (VF)
Diet Land (2018) Dispo sur Prime vidéo
Shrill (2019) Dispo sur MyCanal
Work in Progress (2019) Dispo surMyCanal
Mental (2019) Dispo sur France TV Slash

Films :

On achève bien les gros (2019) - Réalisé par Gabrielle Deydier - YouTube
Moi, grosse (2019) - Réalisé par Murielle Magellan
Ma vie en gros (2020) - Réalisé par Daria Marx & Marie-Christine Gambart

Livres :

Gros n'est pas un gros mot (2018) - Ecrit par Eva Perez Bello & Daria Marx
T'as un joli visage (2022) - Ecrit par Shérazade LEKSIR & Céline Segure

Podcast :

Matière grasse - Podcast du collectif Gras Politique